Introduction Le syndrome d’algoneurodystrophie (ou syndrome douloureux regional complexe) associe de maniere localisee autour d’une ou plusieurs articulations une hyperalgesie, un enraidissement progressif, des troubles vasomoteurs. Quasi exclusivement unilateral, et le plus souvent secondaire a un traumatisme, il reste idiopathique dans 10 a 25 % des cas. Nous rapportons ici le cas d’une algoneurodystrophie paraneoplasique. Observation Une femme de 46 ans, aux antecedents de tumeur benigne du sein gauche, tabagique active a 20 PA, se presentait aux urgences pour apparition recente de cephalees non pulsatiles, parfois accompagnees de nausees et de baisse d’acuite visuelle. Le scanner cerebral sans injection etait sans particularite. Un traitement par ketoprofene, metoclopramide, et une association de codeine et paracetamol etaient introduit, d’efficacite partielle. Dans le meme temps, la patiente presentait des œdemes douloureux des membres inferieurs, bilateraux, prenant le godet, avec impotence fonctionnelle totale, sans facteur declenchant. Les jambes etaient inflammatoires, chaudes, rouges, avec allodynie. L’examen neurologique etait normal. Les antalgiques de palier II, la pregabaline, et la gabapentine etaient inefficaces. Le bilan etiologique eliminait un syndrome nephrotique, une insuffisance cardiaque ou hepatique, une hypoalbuminemie, une dysthyroidie. Le bilan auto-immun etait negatif. L’hypothese iatrogene etait exclue au vu de la chronologie des evenements. Les radiographies des chevilles etaient normales. L’echographie des chevilles mettait en evidence une infiltration sous-cutanee des chevilles, sans epanchement intra-articulaire. L’electroneuromyogramme etait sans anomalie. La scintigraphie osseuse mettait en evidence une hyperhemie des deux chevilles et des articulations metatarso-tarsiennes, compatible avec une algoneurodystrophie bilaterale en phase chaude. Concernant les cephalees, la ponction lombaire retrouvait une discrete hyperproteinorachie a 0,63 g/L, isolee, non significative, sans element blanc. L’examen ophtalmologique etait normal. L’IRM cerebrale mettait en evidence une lesion vasculaire a type d’angiome veineux, avec prise de contraste nodulaire et hypersignal de la substance blanche cerebello-vermienne, en faveur d’un œdeme. Ces anomalies faisaient evoquer une lesion secondaire. Le TEP-scanner revelait une image suspecte de lesion primitive en projection de la bronche souche droite, sans signe d’extension regionale ou a distance. Apres cytoponction par echo endoscopie de la lesion bronchique, on identifiait une lesion tumorale indifferenciee. La biopsie de la lesion cerebrale revelait une metastase d’un carcinome. Malgre des discordances entre les marqueurs anatomopathologiques de la lesion consideree primitive et la metastase, on concluait a une variante rare de carcinome non a petites cellules, de type NUT, stade pT2aN1M1. Une lobectomie superieure droite ainsi qu’une resection de la metastase cerebelleuse ont ete realisees, permettant une regression immediate des douleurs des membres inferieurs. Discussion L’algodystrophie paraneoplasique est une cause rare de syndrome douloureux regional complexe, et doit etre evoquee devant un tableau atypique, notamment lors d’une atteinte bilaterale ou en l’absence de facteur declenchant. Elle peut s’associer a des tumeurs malignes de differents types. Une quarantaine de cas de syndromes paraneoplasiques de presentation rhumatologique, telle que la fasciite palmaire, ou la polyarthrite, ont ete decrits, pouvant s’associer notamment aux cancers epidermoides du poumon, mais aussi de l’ovaire, du colon, du pancreas, ou des leucemies myeloides. L’intervalle entre l’apparition des signes rhumatologiques et le diagnostic de la tumeur associee depasse rarement les 2 ans. La physiopathogenicite de ces syndromes paraneoplasiques demeure incertaine, elle impliquerait un processus inflammatoire par la liberation de mediateurs cytokiniques par les cellules tumorales, ainsi qu’une reaction d’hypersensibilite aux antigenes produits par la cellule tumorale ou par ses debris apoptotiques. A notre connaissance, il s’agit du premier cas decrit presentant une amelioration de l’algodystrophie apres prise en charge de la neoplasie. La chronologie est ici tres en faveur d’un lien de cause a effet entre la neoplasie et le syndrome douloureux regional complexe. Conclusion Les syndromes paraneoplasiques de presentation rhumatologique, tel que l’algodystrophie paraneoplasique, sont rares. Une presentation atypique d’algodystrophie devrait orienter le clinicien vers un depistage neoplasique. Le traitement oncologique semble ameliorer les symptomes en lien avec l’algodystrophie.